REPORTAGE
TROPHY LAKE

Texte : Christian de Beaumont
Photos et vidéos : Denis Lapointe et Christian de Beaumont

Mouchetées trophées garanties pour l’aventurier!

Capturer de véritables truites mouchetées trophées présente aujourd’hui tout un défi. En effet, rares sont les endroits qui peuvent vous permettre de prendre à coup sûr des truites de 4 livres et plus. Le camp Trophy Lake incarne tout à fait ce rêve pour les pêcheurs aventuriers et expérimentés et ce, à un prix hautement compétitif pour cette qualité de pêche.

Nous sommes à plus ou moins une semaine du départ lorsque je mets les yeux sur une publication inusitée sur la page Facebook du pourvoyeur (Pourvoirie du Lac Justone). Cette dernière fait référence à un voyage de pêche de quelques jours à Trophy Lake réalisé lors des dernières semaines.   Le message, accompagné d’une photo d’une truite trophée, est clair et sans ambiguïté: 10 truites mouchetées de 4 lb et plus remises à l’eau. Rien pour diminuer le sentiment d’anticipation qui m’habite déjà depuis quelques mois.

Il faut dire que le camp Trophy Lake est une autre destination de rêve qui hante mes pensées depuis fort longtemps. Les récits des pêcheurs que je connais et les articles de magazines antérieurs révèlent tous une même réalité, il y a dans ces eaux tumultueuses de très nombreuses truites trophées. La publication récente sur Facebook tend à me confirmer que c’est toujours le cas aujourd’hui! Suivez maintenant François, Claude, Denis et moi dans cette fabuleuse aventure alors que nous naviguerons ensemble sur ces eaux légendaires.

Destination Nord

Le camp Trophy Lake, qui est opéré par la pourvoirie du Lac Justone, est situé à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Fermont. Il est seulement accessible en hydravion. Pour y accéder, vous devez transiter par Fermont.  En ce qui me concerne, la route fait véritablement partie de l’aventure et j’ai pris beaucoup de plaisir à m’y rendre en camion. Mes aventures antérieures m’avaient amené à visiter à quelques reprises la région de Manic-5. Toutefois, elles ne m’avaient jamais porté au-delà de cette limite en véhicule. Le barrage Manic-5 est toujours aussi impressionnant et représente pour moi la fierté et l’ingéniosité d’un peuple. Prendre le virage sous ce dernier est une expérience qui en vaut assurément le coup. Arrivés à Fermont sans aucun problème, nous nous sommes rendus à l’épicerie pour ensuite aller prendre un excellent souper au pub adjacent. La ville nordique de Fermont dispose en effet de tous les services et commodités nécessaires dont une majeure partie se trouve d’ailleurs dans les entrailles du célèbre mur de Fermont. Vous n’avez donc aucun souci à avoir concernant votre ravitaillement avant le grand départ.

La nuit est bonne et c’est tôt le matin que François Jinchereau, qui est le co-propriétaire des installations, nous rejoint sur le quai. Il y a longtemps que j’espérais rencontrer ce célèbre coureur des bois et pilote de brousse aguerri. Le personnage est tel que l’on me l’avait décrit: humble, énergique et toujours aussi passionné. 

Sur la photo, François Jinchereau avec son avion ultraléger en 1986 au camp Trophy Lake lors d’une bonne saison de trappe à survoler le Nord.

C’est à bord de son Cessna que François nous transporte lui-même sur la centaine de kilomètres qui sépare le camp Trophy Lake de Fermont. Bien que nous ayons été informés que l’eau était à un niveau extrêmement bas, François qui survolait la région depuis son jeune âge nous confirma n’avoir jamais vu cela de son vivant. Cela ne m’amena aucune inquiétude quant à l’amerrissage en raison de son expérience mais me questionna tout de même pour le succès de notre pêche.

On arrive, dit François en jetant un œil sur le réseau hydrographique qu’il connait sur le bout de ses doigts. Nous survolons le fameux rapide situé face au camp et bientôt les flotteurs touchent à l’eau. Nos deux coéquipiers Denis et François qui ont pris le vol précédent sont là pour nous accueillir. Nous procédons au débarquement habituel des bagages et nous voilà déjà installés dans le petit camp rustique mais très confortable de Trophy Lake. Le camp est propre et dispose de toutes les commodités nécessaires (réfrigérateur pleine grandeur, poêle à bois, fourneau au propane, eau chaude, douche etc.). 

En route vers l’aventure.

Les premiers jours

L’effervescence est à son maximum lorsque nous accostons sur la rive opposée du camp. Denis et Claude qui connaissent le rapide savent très bien que cette rive est beaucoup plus productive pour capturer de grosses mouchetées. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion d’apprendre à pêcher à la mouche dans ma vie et ce sont mes premières armes! C’est donc un peu intimidé par ce rapide du nord et avec beaucoup d’humilité que j’aborde la première section d’eau courante. Il ne faut que quelques minutes pour qu’un premier poisson attaque ma mouche. Près de la tête du rapide, je prends un brochet de quelques livres. Puis bientôt, une mouchetée de près de deux livres se laisse leurrer par ma Daren Dick Special.

C’est la chance du débutant et j’enchaîne les quelques premières prises rapidement. Bientôt, une mouchetée qui fait dans les 3 ½ livres se laisse prendre. Plus nous approchons au cœur du rapide et plus les poissons sont de taille intéressante. Claude qui est resté à la tête du rapide capture quant à lui sa première truite mouchetée trophée du voyage. Cette première faisait près de 5 livres. Lorsque le soleil se couche sur cette première après-midi de pêche, je dois prendre un temps d’arrêt pour apprécier le moment présent, le véritable rêve éveillé que je vis actuellement. 

Claude avec sa première belle truite mouchetée du voyage.

Il est décidé de finir d’explorer à nouveau ce rapide le lendemain. Encore une fois, les truites trophées sont au rendez-vous. Bilan de la journée, plusieurs truites dont plus de quatre font entre 3 livres et 4 ¼ livres.  Belle journée avant d’entreprendre notre expédition vers un secteur encore plus prometteur le jour suivant. 

Quelques belles mouchetées capturées lors du jour 2 du voyage.

Scènes de pêche et de captures lors des deux premières journées du reportage.

Le secteur de la roche plate

Denis est enthousiaste lorsque nous bifurquons vers le secteur de la roche plate situé à une vingtaine de kilomètres de navigation du camp. Nous devons consulter à quelques reprises la carte et nos GPS qui sont des outils absolument indispensables pour naviguer efficacement dans ces méandres de lacs et de rivières. Les rapides sont extrêmement bas et il nous faut effectuer de la cordelle pour franchir plusieurs rapides (technique qui consiste à faire descendre son embarcation dans un rapide infranchissable soit par la difficulté, soit par le manque d’eau). Heureusement, les moteurs montés sur les embarcations disposent d’un ingénieux système de protection des hélices fabriqué sur mesure. Il est finalement l’heure de dîner lorsque nous arrivons sur le site de pêche. À quelques centaines de pieds du rapide de la roche plate, nous prenons le temps de casser la croûte. Denis en profite pour nous raconter quelques histoires en lien avec ses pêches antérieures dans ce secteur. Selon lui, ce rapide avec celui situé en face du camp fait partie des meilleurs du secteur. Il se rappelle avoir pris de très nombreuses truites faisant osciller la balance entre trois livres et près de cinq livres et ce seulement sur cette fameuse roche plate que nous apercevons à l’horizon. Cela se déroulait toutefois alors que l’eau était à un niveau normal. La présence d’algues dans le rapide et le niveau extrêmement bas de l’eau ne laisse rien de bon à présager. Les truites semblent avoir déserté le rapide. Finalement en aval du rapide une fosse avec un peu d’eau se présente à moi. Je m’y installe et lance ma fameuse mouche Daren Dick. Dès le premier lancer, une truite dans les 2 livres fait irruption et gobe ma mouche. Dans les minutes qui suivirent, je capturai plus d’une dizaine de mouchetées entre une livre et deux livres et demie. François qui me rejoignit de l’autre côté de la fausse en captura également quelques-unes. 

Secteur de la roche plate

Nous arrivons tous à une même conclusion, l’eau est trop basse en aval du camp, il nous faut explorer le secteur en amont au cours des prochains jours.  Je suis songeur et je n’ose imaginer à quoi aurait ressemblé notre après-midi n’eut été du niveau d’eau exceptionnellement bas voire sans précédent!

Photos variées et prises réalisées dans le secteur de la roche plate.

Le Klondike est en amont

C’est tôt le jour du 27 août 2024 que nous entreprenons de monter les rapides vers le sud et d’explorer ce secteur pour les derniers jours du voyage.   Hey oui! L’eau coule vers le Nord, plus précisément vers le réservoir Caniapiscau. Nous avons deux objectifs en tête lorsque nous partons. Denis, qui connaît l’endroit, a inscrit sur son GPS il y quelques années des secteurs où avec ses coéquipiers ils ont capturé des truites grises gros format faisant osciller la balance entre 15 et 20 livres et même quelques spécimens dépassant les 20 livres. En nous dirigeant vers ce secteur, aussi identifié sur la carte fournie par le pourvoyeur, nous devons remonter quatre rapides qui abritent habituellement de belles truites mouchetées. Les rapides semblent un peu plus profonds et annoncent également une belle pêche pour la mouchetée.

Denis et François qui ouvrent la voie s’arrêtent souvent dans les secteurs d’eau calme en amont des rapides. Ils y capturent plusieurs brochets dont quelques-uns de taille respectable. Au cours des deux jours suivants, nous arrêtons à deux reprises dans la fosse des truites grises. Nous échappons quelques spécimens qui gardent le fond sans malheureusement leur voir le bout du nez. Nous capturons finalement plusieurs truites grises de belle taille sans trophée exceptionnel. Les monstres qui habitaient cette fosse ne voulaient simplement pas collaborer et la température n’était pas favorable à la navigation avec quelques jours de très grands vents.

Grises et brochets du secteur amont.

Truites grises et brochets capturés durant le séjour.

Mais pour la truite mouchetée, ouffff! Le klondike! Une pêche exceptionnelle nous attendait. Chacun des rapides pêchés nous réservait plusieurs belles truites. Par manque de temps nous en avons seulement pêché la moitié en misant sur ceux qui nous apparaissaient les plus propices. Chacun d’eux nous permettait de capturer minimalement deux à trois truites trophées dont quelques-unes qui frôlaient les 5 livres. Chacun de nous a eu l’occasion au cours des derniers jours du voyage de capturer des spécimens trophées dans ce secteur qui faisaient osciller la balance à plus de 4 livres.

Vidéos de captures de mouchetées trophées dans le secteur amont.

La pourvoirie exige la remise à l’eau des truites mouchetées trophées. Il est évidement permis de conserver de plus petits spécimens pour consommation. La pourvoirie encourage fortement la pêche à la mouche et accepte la pêche avec une cuillère munie d’une mouche directement fixée à la cuillère. Entre les rapides, afin de vérifier la présence de brochets, Denis jeta une cuillère munie d’une mouche à l’eau. Le résultat fut immédiat et Denis captura une mouchetée de plus 4 ½ livres.

Denis et moi avons par la suite essayé cette technique à quelques reprises et avons capturé à chaque fois de belles truites. François et Claude ont également réalisé de très belles prises dans le secteur en amont en faisant preuve de patience et de persévérance avec leur équipement à la mouche.  François semblait particulièrement heureux de ce beau spécimen qu’il a travaillé pendant plus d’une heure avec sa Wooly Bugger.

Puis, c’est finalement Denis qui ferma la marche avec deux belles truites de plus de 4 livres à l’extrémité de notre territoire dans le denier rapide atteignable en amont situé à près de 22 km de navigation.

Photos de quelques-unes des mouchetées trophées capturées dans le secteur amont.

Deux mille mots ne sont pas assez pour rendre compte du caractère exceptionnel et mémorable de cette aventure, de la splendeur de ce réseau hydrographique, de ces paysages mais surtout de l’incroyable qualité de pêche qu’on y retrouve. Des aurores boréales, aux caribous en passant par les paysages spectaculaires des grands rapides du nord, c’est une véritable expédition qui attend les aventuriers ayant une bonne expérience de la navigation. 

Vidéo récapitulatif du voyage à Trophy Lake.

Pour les moins aventuriers, il est possible de réaliser une excellente pêche à gué dans les rapides face au camp et ceux se situant à proximité. Prenez le temps d’échanger avec le pourvoyeur sur ce sujet. Il peut paraître audacieux ou même prétentieux d’écrire qu’il y ait possible de capturer à coup sûr des truites mouchetées de plus de 4 livres. Je vous l’accorde, mais ce fut le cas pour les 4 groupes de pêcheurs que je connais personnellement et qui ont fréquenté cette pourvoirie à quelques reprises. Le plus exceptionnel c’est qu’il est possible de réaliser ce voyage pour un montant avoisinant les 2500$ en plan européens incluant le transport en hydravion à partir de Fermont. Les forfaits et leur prix sont offerts sur mesure et doivent être discutés directement avec le pourvoyeur. Cela vous intéresse? Faites vites, les places sont limitées et il n’en reste que quelques-unes pour 2025!  Malgré les conditions exceptionnellement difficiles en raison d’un niveau d’eau anormalement bas, voire même jamais vu, nous avons réalisé une pêche de rêve à la truite mouchetée dépassant toute attente! Imaginez si nous avions eu des eaux au niveau normal! Bonne pêche !

Localisation des bureaux de la pourvoirie à Fermont.

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