Avez-vous cessé d’apprendre?
Certains vieux miradors pouvaient, à l’occasion, me dévoiler des informations cruciales sur certains territoires de chasse, réduire mon temps de prospection, et parfois même me mener au succès. Mais pourrais-je en dire autant des caches ou miradors modernes, les vôtres?
Les chiffres que je présente proviennent d’environ 2000 chasseurs que je rencontre chaque année lors de stages ou de consultations, parfois durant une journée entière sur leur propre territoire. Plus de 90 % de ces chasseurs québécois chassent à partir d’un mirador fixe, en surveillant les pommes ou les carottes qu’ils ont disposées, bien souvent quelques semaines avant l’ouverture de la saison. Dans presque tous les cas, leur mirador et leurs appâts se trouvent exactement au même endroit que les années précédentes.
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Selon l’expérience de l’auteur qui a rencontré des milliers de chasseurs de chevreuil lors de ses stages, la très grande majorité de ces derniers chassent à partir d’une cache fixe (A) en surveillant leur site appâté (B) et ce au même endroit d’une année l’autre.
Ces données révèlent un constat peu reluisant, voire embarrassant : la majorité des chasseurs québécois ont décidé d’arrêter d’apprendre sur le comportement du chevreuil. Ils se contentent de ce que la nature leur offre, soit un jeune mâle, une jeune femelle, ou, de plus en plus souvent, un faon.
Bien des chasseurs semblent avoir cessé d’apprendre et se contentent de ce que la nature leur offre en chassant à partir d’un site appâté, soit la plupart du temps un jeune mâle.
Avec quelques concepts de biologie comportementale appliqués à la forte pression de chasse, je vais tenter de vous orienter vers une solution simple qui pourrait modifier votre approche et augmenter vos chances de succès.
Réfléchissez au comportement du chevreuil
Faites un petit sondage auprès d’une dizaine de chasseurs que vous connaissez et demandez-leur comment les chevreuils réagissent face à la pression de chasse. Huit ou neuf sur dix vous répondront sans doute que ces derniers deviennent nocturnes ou quittent le territoire.
Cependant, tous les vieux chevreuils, qu’ils soient mâles ou femelles, ont un point en commun: ils ont survécu à plusieurs saisons de chasse et aux attaques de prédateurs. Ils y parviennent en connaissant leur territoire mieux que vous ne connaissez votre propre maison, en observant vos habitudes et en interprétant les multiples sons et odeurs que vous laissez derrière vous.
Imaginez que vous participez à un jeu d’espionnage où votre survie dépend de votre capacité à rester invisible. Préféreriez-vous jouer dans un endroit familier comme votre maison ou dans un lieu inconnu? Vos chances de survie seraient bien meilleures chez vous, n’est-ce pas?
De nombreuses études ont démontré qu’en cas de forte pression de chasse, les chevreuils ne quittent pas leur territoire. Ils réduisent plutôt la surface qu’ils utilisent, se concentrant dans les zones les plus sécurisées.
Contrairement à la croyance populaire, bien des études ont démontré que les chevreuils ne désertent pas leur territoire suite à l’augmentation de la pression de chasse. Ils passent plutôt la majorité de leur temps dans les secteurs où ils se sentent davantage en sécurité. Même chose pour le mythe selon lequel les chevreuils deviennent complètement nocturnes. C’est peut-être vrai autour des appâts, mais dans leur cachette ils se lèvent régulièrement en milieu de journée pour manger et boire.
Le mythe du sanctuaire
Un mythe persiste parmi les chasseurs: celui du sanctuaire, une parcelle de terrain vierge où tous les chevreuils des environs viendraient se réfugier dès l’ouverture de la chasse. En réalité, un tel endroit ne sert qu’à protéger les chevreuils qui s’y trouvent déjà. Un chevreuil vivant à plusieurs kilomètres de ce sanctuaire ne peut savoir qu’il existe.
Les véritables refuges des chevreuils sont souvent des parcelles denses, humides ou peu accessibles, que les chasseurs négligent systématiquement. Ces zones servent de havre de paix où les animaux peuvent se cacher pendant la journée, surtout en cas de forte pression.
Le comportement diurne et nocturne
Un autre mythe répandu est que les chevreuils deviennent exclusivement nocturnes sous pression. Certes, ils limitent leurs déplacements diurnes, mais ils ne deviennent jamais entièrement nocturnes. Ils doivent continuer à se nourrir, mais ils privilégient les zones sûres, loin des miradors ou des appâts fortement fréquentés par les humains.
Une leçon tirée du terrain
Sur notre propre terre agroforestière, une petite parcelle autrefois délaissée par les chevreuils s’est transformée en refuge après le départ du bétail. La végétation y a repoussé, offrant une nouvelle source de nourriture et de couverture. Lors d’une saison de chasse, un buck et une famille de chevreuils y ont trouvé refuge, démontrant ainsi que ces zones négligées peuvent jouer un rôle clé dans la survie des animaux.
Vos résolutions pour 2025
1-Identifiez les mini-sanctuaires. Revoyez votre territoire pour repérer les parcelles denses ou difficiles d’accès qui pourraient servir de refuges aux chevreuils.
2-Adaptez vos appâts. Disposez-les à au moins 100 mètres des zones sécurisées, tout en laissant les sentiers naturels se développer avant la saison.
3-Éloignez-vous de vos appâts. Ne chassez pas directement autour de vos sites d’appâtage. Camouflez-vous près des sentiers empruntés par les chevreuils, avec le vent en votre faveur.
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Pour augmenter vos chances de récolter un beau mâle, l’auteur suggère de vous éloigner de vos appâts (A) et de passer davantage de temps à surveiller des sentiers de chevreuil en délaissant votre mirador fixe (B).
4-Soyez patient. Remplacez votre mirador fixe par une chaise pliante placée stratégiquement et restez en poste toute la journée. Profitez des déplacements des autres chasseurs pour maximiser vos opportunités.
En appliquant ces conseils, vous commencerez à observer des comportements naturels chez les chevreuils et à améliorer vos techniques de chasse.
En vous éloignant de vos appâts vous deviendrez moins prévisibles pour les chevreuils et vous risquez de recommencer à observer des comportements naturels de cerfs…
Résumé de l’article «Chevreuil: avez-vous cessé d’apprendre?»

