ÉDITORIAL
Par
Louis Turbide
Vente de viande sauvage à Kahnawake : sérieuse menace pour l’avenir de la chasse au Québec
Juste avant la période des fêtes, une bombe médiatique est tombée dans le domaine de la faune lorsque la journaliste du Journal de Montréal Anne Caroline Desplanques a mis à jour un réseau de revente de viande sauvage à Kanawake. Dans son texte, on apprenait avec stupéfaction qu’il était facilement possible d’en acheter et qu’il y avait même des listes d’attente tellement la demande était forte. À titre d’exemple, pour obtenir la venaison entière d’un orignal, le client devait verser 650$ pour payer les chasseurs avant la chasse. Le boucher rencontré lors de cette enquête facturait ensuite 1,70$ la livre de viande d’orignal à la livraison. Au total, un orignal moyen de 500 livres découpé et emballé pouvait ainsi coûter 1500$. Dans cette boucherie, il était aussi possible entre autres de se procurer de la viande de cerf de Virginie.
Depuis ce reportage, plusieurs langues se sont déliées et les médias nous ont appris qu’il y avait actuellement une réelle problématique avec une minorité de Mohawks dans les réserves fauniques de Matane et de Rimouski. Ces derniers y chassaient la nuit et on soupçonne fortement qu’une grande partie de la venaison des orignaux braconnés étaient revendues illégalement dans une ou des boucheries de Kahnawake entre autres.
Dans cette affaire, le droit des membres des Premières Nations et des Inuits à pratiquer la chasse de subsistance n’est aucunement remis en question mais cette chasse traditionnelle doit se dérouler sur les territoires ancestraux occupés par ces mêmes communautés. Cela est très important à comprendre car dans le cas des orignaux abattus dans les réserves fauniques de Matane et de Rimouski, aucun droit de chasse n’est consenti à la communauté Mohawk de Kahnawake. C’est pour cela que je me permets d’employer le mot braconnage. Depuis la publication de cet article, plusieurs personnes m’ont écrit pour dénoncer pareille pratique dans d’autres réserves fauniques et territoires du Québec et ce, par certains membres de la même communauté donc encore une fois en dehors de leurs territoires ancestraux. Ainsi, si le gouvernement ne fait rien, il laisse le champ libre à ces pilleurs illégaux qui peuvent décimer des populations d’orignaux d’une région et recommencer où bon leur semble sans même respecter les territoires ancestraux des autres communautés autochtones.
C’est sur ce point précis que les autorités doivent se pencher pour arrêter ce fléau car les membres fautifs de cette communauté agissent totalement dans l’illégalité au détriment même des peuples autochtones occupant ces territoires. Même si nous pouvons être outré par la chasse de nuit, ce n’est pas un élément répréhensible. Aussi aberrant que cela puisse paraître, en 2012 les juges de la Cour Suprême ont choisi de donner raison aux autochtones qui réclamaient le droit de chasser la nuit, en vertu de leurs droits ancestraux. À la suite du jugement rendu dans une cause en Colombie-Britannique, les autochtones ont désormais le droit de chasser la nuit partout au Canada, à condition que cela ne mette pas en danger la sécurité des autres usagers de la forêt. Il n’y a donc rien de légal à faire de ce côté sauf de la sensibilisation. À ce sujet, bien des communautés autochtones ne pratiquent pas la chasse de nuit, la jugeant justement non éthique.
En ce qui a trait à la vente de gibier sauvage, il y a bien sûr matière à s’inquiéter très sérieusement car malheureusement il y a une clientèle assez stupide pour acheter la venaison volée à notre faune québécoise. Il faut se rappeler que la vente de gibier sauvage est interdite non seulement au Québec, mais aussi sur la quasi-totalité du territoire américain et canadien. Cette interdiction trouve racine dans ce qu’il est convenu d’appeler le Modèle nord-américain de conservation de la faune, dont un des préceptes est d’éviter de faire le commerce de viande sauvage. Ce modèle a fortement contribué au maintien et au rétablissement de plusieurs espèces d’animaux sauvages et il ne doit pas être bafoué. Jouer à l’autruche dans ce dossier de revente de gibier sauvage dénoncé par la très grande majorité des communautés autochtones qui voient leur réputation entachée injustement est inacceptable et dangereux!
Je suis totalement contre l’explication de Serge Simon, l’ex-grand chef de l’autre communauté mohawk de la région, celle de Kanesatake qui explique que le troc est une pratique millénaire des Premières Nations et qu’échanger de la viande sauvage pour de l’argent est une version moderne de cette tradition. Si ce principe venait qu’à être approuvé par les plus hauts tribunaux de notre pays pour la vente de gibier, la porte serait grande ouverte pour autoriser l’abatage sans limite de notre faune sauvage! Le principe de vente de viande sauvage mis à part quelques petites exceptions doit demeurer illégal. En 2014, le gouvernement Marois avait tenté sans succès de légaliser la vente de viande sauvage dans certains restaurants. J’espère que le présent gouvernement ne ressortira pas ce projet irresponsable des boules à mites pour tenter de régler ce dossier.
Dans mon optique, le pillage de la faune québécoise sans aucune incidence pour les contrevenants met en péril la pérennité de nos espèces fauniques. Aucun plan de gestion ne peut fonctionner si on tolère que certains individus volent et vendent le fruit de leur larcin sans aucune conséquence. On ne parle pas de cas isolés, on est en face d’une machine organisée qui répond à des commandes et tant qu’il y a de la demande et que nous ne faisons rien ce cirque continuera. À chaque année, des réseaux de braconniers sont démantelés et mis à l’amende au Québec. S’il est vrai que certains Mohawks chassent illégalement dans les réserves fauniques de Matane et de Rimouski, ils doivent être traités de la même façon que les braconniers allochtones.
Alors que certains intervenants du milieu de la faune se transforment rapidement en défenseurs des chasseurs lorsque les droits relatifs à la possession de nos armes à feu est remis en question, c’est plutôt le silence total dans ce dossier! Pourtant celui-ci est d’une importance capitale car notre faune est laissée à elle-même. Vous aurez beau avoir toutes les armes inimaginables s’il n’y a plus de gibier dans nos forêts, ça ne servira pas à grand-chose! Un peu de vrai courage s.v.p.! Dénoncez! Ce dossier ne doit pas tomber dans l’oubli!