CHEVREUIL ANTICOSTI
Par Maxime Dubé
Se donner une deuxième chance!
Tel que relaté dans mes articles des numéros précédents (février 2024, août 2024, septembre 2024), vous avez pu constater toute l’importance que j’accorde à la position de la lune afin de prédire les mouvements des chevreuils à l’île. Depuis quelques années, mes observations démontrent d’une manière assez évidente la corrélation entre les phases de la lune et les comportements des chevreuils que j’explique dans mes textes précédents et la prévisibilité des bonnes périodes d’activités avec l’utilisation de certaines applications sur nos cellulaires. Par contre, ces périodes propices sont plutôt espacées et de longues périodes d’inactivités sont à prévoir entre ces dernières… Mais en vérité, ces périodes de repos sont-elles vraiment si improductives ?
Vous aurez deviné qu’avec une telle introduction, la réponse est évidente! Je vous partage donc l’information à considérer pour déterminer cette autre période qui est prévisible et qui permet de récolter des beaux mâles.
Ce qui est intéressant avec cette stratégie, c’est qu’elle permet de tenter une deuxième chance sur un chevreuil qu’on n’a pas pu prélever faute de temps, de distance ou de vitesse de déplacement. En fait, toutes les raisons inimaginables qui ont résulté en l’impossibilité de faire feu sur cette bête. Pour appuyer cette technique, je vous présente deux situations vécues en septembre dernier où j’ai pu ramener deux très beaux mâles aperçus plus tôt dans le temps.
La base de cette stratégie repose toujours sur la prédiction des bonnes périodes d’activités qu’on peut déterminer avec des applications comme «Lunasolcal» ou «Moon tracker» (voir article février 2024). Ces périodes d’une durée d’environ 1h30 sont suivies par une pause d’activité où les chevreuils sont inactifs et en train de ruminer ce qu’ils ont emmagasiné. Dès qu’une bonne période se termine, est-ce que cela veut absolument dire qu’il n’y aura plus aucune action visible pour 4-5 heures consécutives?
Ce questionnement tout à fait légitime de la part des chasseurs a une réponse toute simple, non, vous n’avez pas à vous morfondre au camp en justifiant que le chevreuil ne bouge plus! Voyons un peu plus en profondeur ce qui s’offre comme possibilité additionnelle pour les chasseurs.
Que faire dans les temps morts?
Effectivement, les chevreuils ne resteront pas tout ce temps inactifs pendant les heures entre deux bonnes périodes d’activité. Déjà après une période de rumination de deux heures, il y a de fortes chances que les chevreuils s’activeront, pour des besoins naturels ou pour manger un peu. Cette période d’activité plutôt courte, voire 45-60 minutes, permet cependant de rencontrer certains chevreuils actifs. Dans ces périodes, l’action sera plus discrète, souvent dans les secteurs de transition et très rarement complètement à découvert.
Cette possibilité permet alors de revoir un mâle qui vous a échappé après l’avoir aperçu lorsqu’il se déplaçait vers un secteur boisé pour ruminer et que le tir n’a pu être effectué. Ce dernier sera immanquablement à proximité et il restera à le localiser dans le site nourricier une fois cette période de deux heures passées.
Deux exemples
J’ai pu expérimenter cette stratégie lors de la première journée de ma saison de guidage 2024, soit le 1er septembre. Ce mâle de 7 pointes de 18 pouces d’envergure nous avait déjoué alors qu’on effectuait l’approche finale en compagnie de mes deux chasseurs. Lorsque nous nous sommes dégagés et installés pour prendre le tir, ce buck était rendu à l’abri des regards sous le couvert forestier. Toutefois, ce dernier n’avait jamais pris connaissance de notre présence. Les deux options alors qui s’offraient à nous étaient les suivantes: soit on tente une approche près du couvert pour l’apercevoir ou soit on décide de revenir dans le secteur après deux heures de repos. La deuxième option me semblait plus conservatrice et avec de meilleures chances de succès.
Chevreuil récolté le 1er septembre par Jordan Marois lors d’une 2e tentative sur la même bête.
Après une tournée dans les environs et quelques autres chevreuils aperçus, nous sommes entrés discrètement dans la parcelle de mélèzes qui créait cette zone de transition entre la plaine et le bois mature, non loin de la dernière place où on l’avait aperçu. On a trouvé ce mâle assez rapidement avec mes binoculaires mais pendant notre approche, deux autres jeunes mâles qui étaient également présents avec ce mâle, nous ont compliqué la situation entrainant la fuite du gros buck. Heureusement, la chance nous a souri alors qu’après avoir passé la pointe de bois, on a pu l’apercevoir en bordure de la plaine et le tir n’a été qu’une formalité.
Situation 1- Chevreuil aperçu au point A une première fois mais il a entré dans le bois à cet endroit. La bête fut revue 2 heures après au point B et tirée non loin de là
Ma deuxième récolte en utilisant cette tactique s’est produite trois semaines plus tard. Ça peut sembler long comme attente, mais ce buck de 8 pointes avec une envergure de 17 pouces avait été gracié lors du passage du premier groupe. Nous avions levé le nez sur ce buck car celui-ci n’avait pas au minimum 18 pouce de large. Notre objectif de choisir les bêtes matures lors du premier groupe, nous a amené à prendre certaines décisions difficiles! Quelques semaines ont passé depuis ce moment, j’étais alors avec mon quatrième groupe à chasser un secteur à l’ouest de mon territoire. Sur le chemin du retour, je devais passer par ce secteur où j’avais vu ce buck plus tôt en septembre.
Ce buck fut récolté 3 semaines plus tard après avoir été refusé par un chasseur précédent. Il se trouvait dans le même secteur et l’auteur a profité d’une courte période d’activité pour permettre à son chasseur (Nicolas Vincent) d’être au bon endroit pour profiter de cette courte fenêtre de récolte.
Comme la bonne période était terminée mais que cette opportunité se pointait sous peu, j’ai ralenti ma cadence pour être au bon endroit au bon moment. La rencontre s’effectua en fin d’avant-midi cette journée-là et avec une approche finale complétement à découvert à la vitesse grand V car ce dernier allait retrouver encore une fois le couvert forestier pour retourner ruminer. Cette fois, mon chasseur ne l’a pas refusé et la récolte fut chose faite après un tir bien placé.
Situation 2- Chevreuil aperçu au point A en début septembre et récolté au point B la troisième semaine de septembre.
Paramètres et périodes à respecter
Encore une fois, cette stratégie semble rendre la tâche plus facile aux chasseurs, mais il demeure que toute cette théorie doit être considérée avec certains paramètres à respecter et doit être utilisée seulement pendant la période de la fin aout jusqu’à la fin de la première semaine de novembre. Cette période correspond au moment où les mâles sont encore circonscrits à leur domaine vital estival et ne sont pas en mode recherche de femelle en chaleur. On devra tenir compte également des zones d’alimentation car ces dernières changent graduellement avec l’avancement de la saison. Cette technique est donc plus efficace lors des trois premières semaines de septembre alors que les chevreuils sont plus souvent dans les zones ouvertes pour s’alimenter. Pour la suite qui inclut la fin septembre et le mois d’octobre, non pas que cette technique n’est plus productive, mais on doit s’adapter avec les zones d’alimentation qui se situent beaucoup plus à couvert dans les zones forestières de densité C et D et par le fait même, la distance de visibilité diminue considérablement.
Il est évident que la deuxième situation est possible pour le chasseur par le partage d’information entre différents groupes ou bien par les expériences des guides ou gardiens de territoire qui ont repéré ces mâles et qui ont été chanceux lors du passage des groupes précédents.
Toutefois la première situation est très envisageable pour le même chasseur ou le même groupe pendant un séjour. Cela peut alors transformer une situation ratée en une récolte d’un trophée d’une vie.
Voici donc un outil de plus à considérer lors de votre séjour à l’île afin d’augmenter vos chances de récolte et de vivre l’expérience Anticosti à son meilleur.
Beau buck récolté alors qu’il s’alimentait près de son dortoir en dehors d’une période majeur d’activité.